piihecs

Forum de la section presse information de l'IHECS (Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales)

13 juin 2007

Quand discrimination positive
rime avec ethnicisation

.

(Ben Heine © Cartoons)

La Discrimination Positive
et les Dangers de l'Ethnicisation


Par Audrey Heine (*)


"L’essentialisation et l’ethnicisation génèrent
une palette de stéréotypes qui seront invoqués
pour justifier une stratification sociale défavorable
aux groupes ciblés par les mesures positives"

Discrimination positive, affirmative action, politique de traitement préférentiel, recrutement ethnique, mesures compensatoires ; dans le jargon de la lutte contre les inégalités, les termes abondent mais ne se ressemblent pas. Et pourtant, les confusions sont fréquentes. Pour beaucoup, la notion de discrimination positive renvoie exclusivement au critère ethnique. Cette association n’est pas totalement erronée dans la mesure où initialement le principe de discrimination positive visait à appliquer un traitement préférentiel à des groupes minoritaires définis à partir de critères ethniques et de genre. Mais le champ d’application des politiques de discrimination positive s’est considérablement élargi au cours du temps. De lutte spécifique contre les pratiques racistes et sexistes, cette politique est devenue un moyen pour combattre l’inégalité des chances en général. Elle vise à promouvoir une minorité définie par le sexe, la couleur de peau ou tout autre critère fondant une discrimination. Il convient donc de noter que théoriquement la discrimination positive ne devrait pas se limiter à une lecture ethnique des situations sociales et que le critère socio économique, par exemple, devrait être également et surtout pris en compte.

Mais dans les faits, on constate que l’utilisation de ce type d’actions reste assujettie à la question ethnique. Prenons par exemple les mesures de médiation qui sont proposées aux écoles s’inscrivant dans une politique de discrimination positive. Il n’est pas rare qu’elles focalisent presque exclusivement leur attention sur la différence ethnique des familles immigrée au détriment de la prise en charge des difficultés d’ordre social et économique qui concernent pourtant la plupart des jeunes issus de milieux populaires (immigrés ou pas). Or le fait de gérer les interactions sociales en se basant sur le seul critère culturel comporte le danger d’enfermer les individus dans une catégorie ethnique. On assiste alors à un phénomène « d’ethnicisation » des rapports sociaux ou plus précisément dans ce cas des relations scolaires.

Ce processus d’assignation à une catégorie qui peut découler des actions positives ne recouvre pas seulement le champ de l’ethnicité. Lorenzi-Cioldi et Buschini (2005) mettent en évidence le phénomène d’essentialisation que suscitent les mesures positives adoptées à l’égard des femmes qui poursuivent une carrière. L’essentialisation d’autrui repose sur le jugement d’une personne en fonction de son appartenance à un groupe plutôt qu’en fonction de ses qualités propres, uniques et différentes de celles d’autres personnes. Les femmes engagées grâce à des mesures positives, sont moins jugées sur leurs compétences que sur des attributs considérés comme typiquement féminins. On voit bien là les dangers de ces processus. L’essentialisation et l’ethnicisation génèrent une palette de stéréotypes qui seront invoqués pour justifier une stratification sociale défavorable aux groupes ciblés par les mesures positives. Les personnes issues de l’immigration, les femmes et d’autres sont alors cantonnés à des tâches spécifiques, où il n’est plus question pour eux de revendiquer une quelconque compensation pour un préjudice passé.



Travaillant moi-même en tant que psychologue avec des enfants scolarisés dans des zones d’éducation prioritaire, j’ai pu constater sur le terrain ce phénomène d’ethnicisation et les effets négatifs qu’il engendre. Les enfants qui veulent changer d’école s’entendent dire que leur école de la « D+ » n’a pas un niveau équivalent aux autres écoles, que ce sont des écoles pour « arabes ». Par ailleurs, il est souvent sous entendu qu’ils doivent être aidés parce qu’ils sont d’origine étrangère et qu’il leur est donc difficile de réussir « normalement ». Or la plupart des jeunes avec lesquels je travaille sont nés en Belgique, maîtrisent le français et possèdent des compétences égales à un enfant d’origine belge. Mais l’étiquette ethnique les poursuit, jusque dans leur scolarisation qui possède quelque chose de « différent », différence pour laquelle ils seront ensuite jugés et critiqués.

Et pourtant malgré les risques d’ethnicisation, la politique de discrimination positive reste l’un des moyens les plus efficaces pour contrer les inégalités. Comment alors en faire bon usage ? Dans un premier temps, il paraît opportun de garder une approche critique de son utilisation en méditant sur l’instrumentalisation dont elle peut être l’objet. Ensuite, des actions concrètes peuvent être envisagées pour limiter l’effet de stigmatisation. Ainsi, selon Sabbagh et Rosen (cités par Garner-Moyer, 2004), l’efficacité des dispositifs de discrimination positive serait fonction de leur opacité. Il s’agirait alors de dissimuler ces dispositifs afin que les groupes ciblés ne soient pas stigmatisés. Et selon les auteurs, c’est d’ailleurs ce qu’il se passe aux Etats-Unis où la Cour suprême (arrêts de juin 2003) a d’une part refusé un programme accordant 20 points de plus aux étudiants issus de minorités lors de leur accession aux universités, et a d’autre part validé un programme prévoyant une « masse critique » d’étudiants Noirs et Hispaniques sans aucune définition précise et quantification de cette masse. Cependant, une telle stratégie de dissimulation pose un sérieux problème sur le plan démocratique. Peut-on en toute impunité cacher l’application d’un traitement préférentiel ? Sabbagh (1999) propose plutôt d’envisager un changement de paradigme. Il faudrait, selon lui, passer d’une société basée sur un principe d’égalité à une société basée sur un principe d’équité. Cela permettrait de résoudre la contradiction que peuvent ressentir certains devant la coexistence des traitements préférentiels et des valeurs égalitaires qui fondent notamment la République française. Une fois ce conflit de sens réglé, il deviendrait plus facile d’accepter ce type de mesures sans blâmer les publics ciblés.

Enfin, il serait pertinent de relancer la réflexion sur la problématique de la discrimination négative. Cela suppose de prendre le problème plus en amont et de développer des moyens de lutte contre les stéréotypes et les préjugés qui mènent presque invariablement à des comportements discriminatoires. Ce combat passe avant tout par une meilleure reconnaissance de l’Autre. C’est là un idéal qui ne peut se réaliser, outre les dispositions légales évoquées ici, qu’à travers le concours de chacun d’entre nous.


-------------------------

(*) Audrey Heine est Assistante dans le service de psychologie sociale de l’Université Libre de Bruxelles et Psychologue à Bouillon de Cultures, ASBL

--> Ce texte a initialement été publié sur Vues


Quelques lectures pour en savoir plus

J., Perroton (2000). Les ambiguïtés de l’ethnicisation des relations scolaires. L’exemple des relations école-familles à travers la mise en place d’un dispositif de médiation. VEI Enjeux, n° 121.

J., Costa-Lascoux (2001). L’ethnicisation du lien social dans les banlieues françaises. Revue européenne des migrations internationales, n° 2 (17), pp.123‑137.

F., Lorenzi-Cioldi et F., Buschini (2005). Vaut-il mieux être une femme qualifiée ou être qualifiée de femme ? Effets paradoxaux de la catégorisation dans la discrimination positive. In L’Autre. Regards psychosociaux.

Garner-Moyer (2004). Les enjeux de la discrimination positive. CERGORS - Observatoire des discriminations, téléchargées du site http://cergors.univ-paris1.fr.

Sabbagh, D. (1999) Les représentations françaises de l’affirmative action, La Documentation française.

Libellés : , , , ,

26 mai 2007

Résistance des prisonniers arabes
et palestiniens dans les prisons israéliennes

.(Ben Heine © Cartoons)
.

Prisonniers palestiniens et arabes
détenus dans les prisons israéliennes :
face à la barbarie, ils résistent


Par le Centre d’Information sur la Résistance en Palestine
.

24 mai 2007. Depuis 1967, Israël a arrêté près de 700.000 Palestiniens : rapport du ministère palestinien M. Abdel Nasir Ferwana, directeur du département des statistiques du ministère palestinien aux affaires des prisonniers, a présenté son dernier rapport sur la situation des prisonniers palestiniens et arabes.

Il a réaffirmé la nécessité de se mobiliser pour la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers, comme préalable à toute trêve avec l’occupation, insistant sur le fait que les prisonniers ont été très durement touchés lors des affrontements fratricides qui ont eu lieu à Gaza. Il a réclamé des autorités palestiniennes la mise en place d’une campagne internationale pour la libération des prisonniers palestiniens et arabes.

La récente étude du département montre que :

700.000 Palestiniens ont été arrêtés depuis 1967, ce qui représente le quart de la population palestinienne de la Cisjordanie, d’al-Quds et de la bande de Gaza, occupés dès cette période.

Près de 60.000 Palestiniens ont été arrêtés au cours de l’Intifada al-Aqsa, soit depuis septembre 2000. Le nombre de prisonniers actuels détenus dans les prisons israéliennes s’élève à 10.500 prisonniers, répartis entre : 8938 prisonniers de la Cisjordanie, soit 85,1%, 840 prisonniers de la bande de Gaza, soit 8%, 520 prisonniers de la ville d’al-Quds soit 5% 140 prisonniers de la Palestine 48 soit 1,3% et près de 62 prisonniers arabes.

Ces prisonniers sont répartis sur 30 prisons et centres de détention.

365 prisonniers sont détenus depuis plus de 10 ans, soit avant les accords d’Oslo, dont 144 de Cisjordanie, le plus ancien étant le prisonnier Saïd Atabeh -56 ans- et détenu depuis le 29 juillet 1977, et 139 prisonniers de la bande de Gaza, le plus ancien étant Salim Kayyal - 55 ans - détenu dpuis le 30 mai 1983.

51 prisonniers parmi les plus anciens sont de la ville d’al-Quds, le plus ancien étant Fuad Razim, détenu depuis le 30 janvier 1981, et 22 anciens prisonniers de la Palestine occupée en 1948, le plus ancien et le plus âgé étant Sami Khalid Yunis, marié et détenu depuis l 15 janvier 1983. Il est actuellement âgé de plus de 70 ans, Et parmi les plus anciens, figurent 9 prisonniers arabes, le plus ancien étant le prisonnier Samir Kintar, détenu depuis le 22 avril 1979.

La plupart des prisonniers furent arrêtés pendant l’Intifada al-Aqsa, sauf 551 prisonniers qui étaient déjà détenus et qui le sont toujours.

Enfants détenus

Près de 6000 enfants ont été détenus depuis le début de l’Intifada al-Aqsa, 310 sont toujours en détention et représentent 3% de l’ensemble des détenus.

Parmi les enfants détenus, 4 enfants sont des détenus administratifs, ce qui signifie qu’ils ne sont accusés de rien, et 168 enfants sont arrêtés en attente de passer devant un tribunal militair, 138 enfants sont condamnés. 98 enfants prisonniers sont malades et leur état nécessite des soins urgents.

99% des enfants qui ont été arrêtés ont subi des sévices corporels, et notamment leur étouffement par des sacs, le shabeh et les coups.

500 prisonniers furent arrêtés alors qu’ils étaient enfants et ont eu 18 ans à l’intérieur de la prison.

Prisonnières palestiniennes

600 femmes ont été arrêtés au cours de l’Intifada al-Aqsa, et 116 sont toujours détenues, ce qui représente 1,1% de l’ensemble des prisonniers. Pami les prisonnières, 4 sont mineures.

Trois femmes ont accouché en prison, au cours de l’Intifada al-Aqsa : Mirvet Taha, Manal Ghanim qui ont été libérées depuis, et Samar Sbaih, qui se trouve toujours détenue avec son enfant Barrâ’, le plus jeune prisonnier dans le monde.

En février dernier, la direction carcérale israélienne a accepté que le bébé Ghada Jasir Zitawi, âgé de 7 mois, soit remis à sa mère détenue, Khawla Muhammad Zitawi. Ghada est la plus jeune prisonnière dans la monde. La loi israélienne autorise les mères de famille à garder auprès d’elles, en prison, leurs enfants, âgés de moins de deux ans.

Concernant les martyrs parmi les prisonniers palestiniens, le rapport établit que 188 prisonniers sont décédés en détention, à cause de la torture, de la négligence médicale et de l’exécution après arrestation. Parmi les martyrs tombés, 43 sont décédés à cause de la négligence médicale, 70 à cause de la torture et 75 par leur exécution après arrestation. Le martyr Yousif Qarâwî, 34 ans, de la ville d’al-Quds, est décédé le 9 mars 2007 : il avait été arrêté par les garde-frontières, gardé en détention au centre de la police dans la rue Salaheddine dans la ville d’al-Quds. Il fut torturé jusqu’à la mort.

Mais il faut rappeler que des centaines de prisonniers succombèrent après leur libération des suites des mauvais traitements et de leur état de santé qui s’était dégradé en prison.

(Source : palestinebehindbars.com)

Enlèvements massifs dans les territoires occupés

Le jeudi 24 mai, les autorités de l’occupation ont enlevé des dizaines de Palestiniens, y compris le ministre de l’enseignement, Naser Dine Shâ’er, à Nablus, et deux députés de Nablus, sheikh Hamed Bitawi et Dawud Abu Sir. Les forces de l’occupation ont également enlevé le directeur général au ministère des Travaux publics, Farid Ziyade.

A Tulkarm, le député Abdel Rahman Zaydan a été enlevé. Plusieurs membres de différents conseils municipaux ont été enlevés à la même date, dont Sheikh Wajih Qawwas, qui avait été récemment libéré, et le maire de Nablus, Adli Ayyash, le maire de Beita, au sud de Nablus, Arab Sharfa et ’Umar Ashtiye, Ramadan Shatat ainsi que Mazin Rimawi, Muhammad Huda al-Asmar, membres du conseil municipal de Bani Zayd, au nord de Ramallah.

A Al-Khalil, sheikh Sufyân Jamjum et à Nablus, sheikh Muhammad Fayyad furent également enlevés.

Le 18 mai 2007 le directeur du département de l’éducation dans la province de Silfit est enlevé, Samir Samih al-Atrash. Deux étudiants furent enlevés également, Uthman Khalil Umran, 21 ans et Anas Zir, 22 ans, tous les deux étudiants à l’université ouverte d’al-Quds.

Le 18 mai 2007, l’occupation enlève de nouveau Walid Khalid Harb et son frère, dans le village Iskaka, à l’est de Silfit. Walid Khalid Harb est un ancien détenu, ayant passé 12 ans en prison. Il avait été récemment libéré. Il était le prisonnier qui avait passé la plus longue période de détention administrative.

Le même jour, les autorités de l’occupation ont enlevé Rami Issam Sulayman, du village Marda, au nord de Silfit, après avoir saccagé le contenu de sa maison.

Une famille palestinienne lance un appel pour sauver ses enfants détenus dans les prisons de l’occupation

17 mai 007. Les deux frères de la famille Turkman sont détenus dans des conditions extrêmement difficiles, alors qu’ils sont malades. La direction de la prison refuse de les faire soigner. Le troisième frère vient d’être libéré après avoir passé deux ans et demi dans la prison de Shatta.

Il a déclaré que ses frères sont privés de tous les droits et a lancé un appel aux organisations humanitaires de faire pression sur les autorités sionistes pour les faire libérer immédiatement, à cause de leur état de santé qui s’est dégradé dangereusement en prison.

16 mai 2007. Le tribunal militaire sioniste a reporté le procès du député palestinien enlevé, Muhammad Multaq Abu Jhayshe, jusqu’au 16 juin prochain. Le bureau des députés d ela ville d’al-Khalil a protesté contre ce report et a réclamé la libération immédiate de tous les députés et ministres enlevés par l’occupant, et notamment dr. Abdul Aziz Dweik, président du conseil législatif palestinien.

13 mai 2007. La direction carcérale de l’occupation sioniste humilie le député et ancien ministre des finances, dr. Umar Abdel Raziq, en le déplaçant intentionnellement et régulièrement d’une prison à l’autre, en l’enchaînant par les pieds et les mains. Plusieurs prisonniers de Meggiddo ont fait état de la volonté des responsables de la prison d’humilier l’ancien ministre en l’enchaînant et le traînant d’une prison à l’autre et de la prison au tribunal.

Les prisonnières détenues à Telmond protestent contre leurs conditions de détention.

24 mai 2007. Source : Palestine Prisoners : palestine.prisoners@aon.at.

Dans une lettre qu’elles ont réussi à faire parvenir à leurs familles, les prisonnières du camp de Balata expliquent les conditions difficiles vécues dans la prison de Telmond. Elles décrivent l’état ignoble des cellules, les mauvais traitements des geôlières et comment l’administration pénitentiaire leur vole l’argent de la cantine, en faisant pleuvoir les amendes répressives sur elles.

Elles réclament la venue d’avocats, seul lien possible entre elles et leurs familles. Pour les prisonnières, trois mois sont passés sans qu’aucun avocat ne les ait visitées.

120 prisonnières palestiniennes sont détenues dans la prison de Telmond.

Les prisonniers de la prison du Naqab menacent d’une grève de la faim.

Ils sont 2200 prisonniers palestiniens détenus dans la prison du Naqab. Ils menacent de déclencher un grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements et les conditions inhumaines dans lesquels ils sont enfermés. Ils réclament aussi que 70 de leurs frères, isolés et réprimés, reviennent parmi eux et de cesser toutes les formes de répression collective à leur encontre.

L’occupation envahit le centre Nafha pour les prisonniers à Jénine.

Le 23 mai 2007, les forces de l’occupation ont investi le centre Nafha, centre de soutien aux prisonniers et à leurs familles, dans la ville de Jénine. Le communiqué du centre affirme que cette agression contre l’association juridique Nafha, qui apporte son soutien aux prisonniers et à leurs familles, est une violation des droits, des lois et des conventions internationales qui protègent les associations de défense des prisonniers.

Il s’agit d’une agression sur les 11 000 prisonniers palestiniens dont les conditions de détention sont inhumaines. L’association Nafha a demandé à l’Autorité Palestinienne de protester et de faire cesser ces actes de piraterie et de brigandage menés par les forces de l’occupation contre les institutions juridiques et humanitaires. Au cours de cette agression, les forces de l’occupation ont pillé le centre.

La condamnation du résistant palestinien Yousef Samir Mahmoud Sh’aiybi de Deir Ghassane

Le tribunal militaire de Ofer a condamné le jeune résistant Yousef Samir Mahmoud Sh’aiybi à la prison à perpétuité, l’accusant d’avoir planifier pour tuer un colon dans la province de Ramallah et Bireh.

Le prisonnier Sh’aiybi se trouve dans la prison de Ofer depuis son arrestation le 20/8/ 2004, et fait partie des Brigades des martyrs d’al-Aqsa, branche militaire du Fath.

Le tribunal militaire de Ofer a condamné le prisonnier Nabil Ahmad Ubaidat, frère du martyr Atef Ubaydat, dirigeant des martyrs d’al-Aqsa, à onze ans de prison. Son autre frère, Nidal Ubaydat, est également détenu.

La prisonnière Faten Daraghmeh est gravement malade L’association Nafha pour la défense des prisonniers a déclaré que l’état de santé de la prisonnière Faten Daraghmeh est très préoccupant. Faten est détenue dans la prison de Hasharon dont la direction refuse d’apporter des soins à la prisonnière.

L’avocat de l’association, Sanaa Dweik, a visité la prison de Hasharon et rencontré plusieurs prisonnières, dont Qahira Saadi, Atef Alayan, Samar Sbih et Faten Daraghmeh. L’avocat a ajouté que la direction de la prison a isolé les prisonnières Ahlam Tamimi, Sanaa Shhadé et Taghrid Saadi, dans la prison de Jalame en vue d’accentuer la répression contre les prisonnières, de déstabiliser leur état moral et confisquer leurs droits garantis par les conventions internationales.

L’association Nafha lance un appel à toutes les institutions juridiques et de soutien aux femmes pour sauver les prisonnières palestiniennes et faire pression sur la direction des prisons, pour permettre à des médecins spécialistes d’ausculter les prisonnières malades et de les faire soigner, tel que le réclament les conventions internationales.

Répression accrue dans la prison du Naqab

Les forces de l’occupation ont lancé une offensive contre les prisonniers du Naqab, le 20 mai dernier. Plusieurs prisonniers ont été mis en isolement. M. Tha’ir Abu Bakr, responsable du département information du ministère palestinien chargé des prisonniers, dans la province de Jénine, a déclaré que le département a reçu des appels téléphoniques des prisonniers du Naqab, faisant état de la répression contre plusieurs prisonniers, qui ont été frappés avec des matraques et des crosses de fusil, et des dizaines ont été isolés.

M. Tha’ir Abu Bakr a ajouté que la direction de la prison a fait appel aux unités des Nahashon spécialisées dans la répression des prisonniers pour lancer cette offensive.L Les soldats de cette unité se sont vengés sur les prisonniers en déchirant leurs vêtements, en détruisant les aliments et en confisquant des effets personnels. Les prisonniers ont lancé un appel réclamant l’intervention rapide de la communauté internationale pour faire cesser ces pratiques inhumaines et barbares et l’application des conventions internationales relatives aux prisonniers.

Les prisonniers ont rapporté que depuis plusieurs mois, la direction de la prison du Naqab fait subir aux prisonniers de mauvais traitments, tout en les provoquant en leur retirant des acquis obtenus au cours des grèves et des luttes, et mène des campagnes pour les humilier et humilier leurs parents qui viennent les visiter. Et récemment, la Croix Rouge internationale a informé le ministère palestinien que la direction des prisons a supprimé les visites familiales des provinces de Jénine et Toubas vers la prison du Naqab.

Le prisonnier libéré Fawaz Maali : les prisonniers déplorent et souffrent des conflits fratricides.

22 Mai 2007 - Silfit. Il a 38 ans. Il avait été enlevé le 12 juillet 2001 en pleine nuit pour être jeté en prison. Au cours de six années de détention, il fera le tour des prisons de l’occupation : Ofer, Naqab, Meggido. Libéré le 16 mai dernier.

"Les prisonniers que j’ai abandonnés en prison souffrent de l’état de guerre fratricide, ils sont entièrement démoralisés par cette situation et réclament la cessation définitive des combats fratricides".

"Le 12 juillet 2001, à deux heures du matin, notre maison fut assaillie par un grand nombre de soldats israéliens. Ils m’ont fait sortir de la maison, ainsi que les membres de la famille, mon père, ma mère et mon petit frère. Ils ont fouillé la maison avant de m’emmener. Je fus transféré d’une prison à l’autre, et d’un interrogatoire à l’autre.

Au début, je fus emmené au centre Huwwara, puis à Ofer, où j’ai été condamné à six mois de détention administrative. Et peu après, je fus interrogé et ma détention administrative fut renouvelée quatre fois, en violation des traités internationaux et les conventions de Genève. L’occupant s’appuie uniquement sur la loi d’urgence qui avait cours à l’époque britannique.

Dans les prisons, les conditions sont difficiles. Il devient de plus en plus difficile, par exemple, de faire la liaison entre les différentes sections des prisons, les prisonniers sont de plus en plus isolés. Les prisonniers sont constamment provoqués par les geôliers qui exercent des pressions psychologiques pour détruire le moral des prisonniers.

Les prisonniers réclament et souhaitent que le dossier d’échanges des prisonniers soit mené avec un grand sens de responsabilité et par des spécialistes. Il faut prendre conseil du Hizbullah, mais aussi de Ahmad Gibril, pour que les négociations soient bien menées, car les prisonniers ont le sentiment, d’après les différentes déclarations, parfois contradictoires, que la question de l’échange n’est pas tenue fermement. Ils souhaitent que l’échange se fasse avec succès.

26 mai 2007 - Traduit et diffusé par le Centre d’Information sur la Résistance en Palestine cirepal2005@yahoo.fr

------------------

--> Ce rapport a initialement été publié sur info-palestine.net


Libellés : , , , ,

6 heures pour la Palestine
.

Libellés :

09 mai 2007

Tony Blair, le Fils Spirituel
.

(Ben Heine © Cartoons)

Tony Blair… et l’ombre du père

Par Eric de Beukelaer, prêtre

Un Wonder Boy dans le bourbier irakien

« N’appelez personne votre ‘père’ sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste ». (Matthieu 23, 9) Cette exhortation du Christ rappelle que, si nécessaire soit-elle, toute paternité humaine – celle du géniteur, du chef, de l’ancien, du modèle,… – est de l’ordre des moyens. Son influence se doit donc d’être circonscrite. Un seul Etre nous engendre pleinement au sens spirituel du terme : le Père céleste.

Pareil message vaut aussi pour les grands de ce monde. Le mandat de Tony Blair est à cet égard riche d’enseignements. Avec la sortie de scène du fondateur du New Labour, le Royaume-Uni perd sans doute son premier ministre le plus doué depuis Winston Churchill. Aussi brillant orateur que l’homme au cigare, aussi redoutable propagandiste, aussi inclassable, aussi ambitieux, aussi moderne dans son amour de la tradition, aussi courageux dans l’adversité, … aussi fidèle dans ses alliances. Tony Blair fut même un Premier Ministre plus professionnel que son prestigieux prédécesseur, qui – lui – était plutôt un génial touche-à-tout.

Face à tant de talent, l’observateur reste avec une énigme : Quelle mouche a piqué ce Wonder Boy pour qu’il se lance tête baissée dans l’aventure irakienne ? Tant d’experts avaient averti que Bagdad était la boîte de Pandore et que celui qui ferait sauter son couvercle risquait la guerre civile. Comment comprendre que cet avocat d’une nouvelle gauche européenne se soit fait le plus solide soutien de la politique étrangère de la nouvelle droite américaine ? Comment expliquer que ce chrétien convaincu soit passé outre la désapprobation de tant de leaders religieux en ce compris le vieux pape polonais ? Une parcelle d’explication de tout ceci pourrait bien se trouver du côté de l’ombre du père de la patrie.

Churchill, l’Anglo-américain

Anthony Eden – Ministre des Affaires étrangères au cours de la seconde guerre mondiale – croyait en l’alliance française pour piloter l’Europe après la libération. Devenu Premier Ministre en 1955, il mit cette politique en œuvre en envoyant des troupes anglo-françaises occuper le Canal de Suez. Ce fut sa perte. L’Amérique et l’URSS avaient décrété que l’impérialisme européen avait vécu. Ils firent pression pour arrêter l’aventure et Eden quitta la scène politique.

Churchill pensait autrement. Après la guerre, le tombeur d’Hitler aurait pu devenir le leader de l’Europe libérée. Il n’en fut rien. Celui qui était tout à la fois petit-fils du 7e duc de Marlborough et petit-fils du self-made man américain Léonard Jérome, préféra le rôle moins glorieux de fidèle lieutenant des Etats-Unis. En effet, un des « dogmes churchillien » était sa foi indéfectible en une profonde communauté de destin unissant les peuples de langue anglaise. Comme le notera en 1953 à son propos le président Eisenhower, avec un bon sens tout militaire : « Il s’est forgé une conviction enfantine qu’un partenariat anglo-américain peut fournir la réponse à tous les problèmes ». Pour illustrer cela, qu’il me soit permis de faire trois zooms arrières :

Premier zoom, le 22 janvier 1943 à Alger. Churchill a convié le général de Gaulle pour le presser d’accepter le plan américain de gouvernement de l’Afrique française du nord. Ce projet écarte le chef de la France libre de toute responsabilité. De Gaulle tonne : « Pour satisfaire à tout prix l’Amérique, vous épousez une cause inacceptable pour la France, inquiétante pour l’Europe, regrettable pour l’Angleterre ». Ce à quoi l’Anglais rétorque à son protégé dans son français inimitable : « Si vous m’obstaclerez, je vous liquiderai ! »

Deuxième zoom, le 4 juin 1944. Churchill reçoit de Gaulle à Portsmouth afin de le mettre dans le secret du débarquement. Le Général est de fort mauvaise humeur, car aucun plan n’existe pour l’administration civile de la France libérée. Pourquoi ? Parce que Roosevelt se méfie de l’homme du 18 juin et préfère envisager une tutelle anglo-américaine sur l’Hexagone libéré. Et parce que – tout francophile qu’il soit – Churchill ne veut pas déplaire à Roosevelt. Le dîner dégénère en dispute et l’homme au cigare vocifère : « Aucune querelle n’éclatera jamais entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis du fait de la France (…) Sachez-le ! Chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large. Chaque fois qu’il me faudra choisir entre vous et Roosevelt, je choisirai toujours Roosevelt ! »

Troisième zoom, le 11 novembre 1944. Paris libéré, les deux compères réconciliés descendent les Champs-Elysées en voiture découverte sous les acclamations de la foule. Incapable de dissimuler, Churchill déclare pourtant ce jour-là au Général : « Les Américains ont d’immenses ressources. Ils ne les emploient pas toujours à bon escient. J’essaie de les éclairer, sans oublier, naturellement, d’être utile à mon pays. J’ai noué avec Roosevelt des relations personnelles étroites. Avec lui, je procède par suggestions, afin de diriger les choses dans le sens voulu ».

Blair, le fils spirituel

Mettez les paroles de Churchill dans la bouche de Tony Blair et elles gardent toute leur actualité. Il n’est évidemment pas le seul chef de gouvernement du Royaume-Uni auquel cela s’applique. La mémoire politique britannique est marquée par l’échec d’Eden et le souvenir qu’aux heures de mortel péril – face à Hitler ou Staline – le salut ne vint pas d’une alliance européenne, mais du bouclier américain. Tout Premier Ministre de Sa Gracieuse Majesté sera donc Atlantiste. Mais à des degrés divers. Même la Dame de fer fut une alliée moins docile de son vieux compagnon d’arme Reagan que le néo-socialiste Blair du néoconservateur Bush… Et ceci, malgré les gueulantes du néogaulliste Chirac. Ou quand l’histoire repasse les plats.

Certains ne voient en l’aventure irakienne qu’une guerre du pétrole ou une réponse maladroite à la menace terroriste. C’est oublier que derrière les grandes décisions, il y a aussi de grands décideurs. Voilà pourquoi, dans cette entreprise militaire il est légitime d’également déceler le désir de deux hommes d’Etat de suivre un modèle paternel : Le président américain voulant finir à Bagdad l’œuvre commencée par son père et le Premier Ministre britannique se cherchant une paternité symbolique à la mesure de son talent. J’imagine fort bien Tony Blair – à l’heure des choix cruciaux en matière de politique étrangère – contemplant le portrait de son glorieux prédécesseur accroché sur quelque mur de Downing Street et décider de diriger son pays en digne fils spirituel du Sauveur de la Nation. Les élections les plus cruciales de son mandat furent donc… les élections présidentielles américaines. La place du Premier britannique dans l’histoire eut sans doute été différente si une autre politique étrangère s’était dessinée à Washington. Il ne trainerait pas derrière lui l’aventure irakienne tel un boulet. Même pour les plus brillants d’entre les fils d’hommes, l’ombre du père se fait parfois pesante. Est-ce d’ailleurs un hasard si Tony Blair a choisi la date du 10 mai pour annoncer son retrait politique ? C’est la date d’entrée en fonction de Winston Churchill comme premier ministre en 1940. « N’appelez personne votre ‘père’ sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste ».

--> Cet article a initialement été publié dans La Libre Belgique

Libellés : , ,

Interview d'Elio Di Rupo : Feedback


Suite à l'interview de Thomas van der Straten d'Elio Di Rupo, voici ce que le ministre a inséré sur son propre Blog (http://www.leblogdelio.be) le 4 avril 2007 :

Un bloggeur sachant blogger

4 avril 2007

Le commentaire de GHoST m’inspire un billet. Oui merci. Même en bon bon débutant j’avais compris qu’on pouvait blogger d’un peu partout. Je n’ai juste pas de caméra dans mes bagages et je ne voyais donc pas comment répondre par vidéo aux questions de la semaine. Mon téléphone ne permet pas de filmer et je n’ai jamais caché être un débutant des multimédias.

Quelqun qui n’est pas débutant, c’est Thomas, que j’ai rencontré la semaine dernière chez moi pour me plier à ses questions. Sur son blog, il a développé une rubrique (mais vous la connaissez sûrement déjà) “pour qui allez vous voter en 2007″.

Deux impressions :

1° Un grand professionalisme (et je le dit en toute honnêteté) : il avait préparé l’entretien. Il avait je crois 3 pages de questions. Les sujets étaient variés. On a parlé fiscalité, on a parlé institutionnel, on a parlé Charleroi, on a parlé valeurs. J’apprendrai plus tard que ce blog n’est pas un “travail obligé” pour son travail de fin d’année mais une passion et une envie de faire du “journalisme autrement”.

2° Je retiens de ma rencontre avec Thomas notre conversation après l’entretien. Ainsi, même pour quelqu’un d’actif, de débrouillard, de compétent, il n’est pas toujours facile de faire la part des choses entre “l’air du temps” et le regard critique sur les évènements. Je retiens le soucis que nous partageons d’une presse au regard critique mais qui fait la part des choses entre l’information et le commentaire. Pour celà, il est nécessaire que les journalistes aient un statut plus stable ce qui passe, je pense, par une meilleure rémunération. Il faut aussi qu’ils puissent agir en toute indépendance… par rapport au pouvoir économique, au main duquel les différents titres se concentrent dans notre pays…

BRAVO TOM (écouter et voir l'interview sur le Blog de Thomas)

Libellés : , ,

03 mai 2007

Fantômes et Renégats

.
(Ben Heine © Cartoons)

.

Fantômes et Renégats


Une pièce en 3 actes de James Petras
Présenté par Manuel Talens,
traduit par Fausto Giudice



Pour le 1er mai 2007, Journée mondiale du Travail, les traducteurs multilingues de Rebelión et Tlaxcala rendent public un projet collectif : nous offrons aux lecteurs de sept langues des traductions d’une pièce de théâtre initialement écrite en anglais par le sociologue américain James Petras.

Le texte ci-dessous est la présentation du projet par Manuel Talens, qui l’a éditée. Les lecteurs pourront cliquer en bas de cette page sur la version en pdf de Fantômes et rénégats qu’ils souhaitent télécharger.

Présentation

James Petras est une vieille connaissance des traducteurs militants de Altahrir, Basta!, Cubadebate, PeacePalestine, Quibla, Rebelión, Tlaxcala et ViaPolítica. Ses textes paraissent régulièrement sur ces sites et il y dénonce sans relâche les tragédies permanentes que le capitalisme inflige aux peuples de la planète, que ce soit sur le continent latinoaméricain – la terre qu’il aime le plus – ou en Palestine ou en Irak, ou, comme le disait Che Guevara, en tout lieu du monde où se commet une injustice.

Petras est, sans aucune doute, le paradigme de “l’animal politique” défini par Aristote dans sa Politique. Ses écrits, qui baignent toujours dans la sociologie et le marxisme, ne sont pas seulement des essais d’analyse de la réalité, mais ils s’engagent avec une certaine fréquence dans le territoire de la fiction. J’ai commencé à avoir des relations avec James Petras il y a déjà quelques années, à travers les traductions en espagnol que je faisais des articles qu’il nous envoyait à Rebelión. Mais je ne suis devenu vraiment intime avec lui qu’en 2004, quand il me fit parvenir une série de contes pour que nous en fassions un livre à offrir en cadeau de sa part aux lecteurs de langue espagnole. C’est ainsi que naquit La lengua del pueblo (La langue du peuple), publié il y a exactement trois ans, le 1er Mai 2004.

Fantômes et renégats, l’oeuvre que tu vas lire, cher lecteur, m’est parvenue par courrier électronique au début de cette année. Il s’agit d’une charge dévstatrice de Petras contre ceux qui ont été de gauche dans un passé récent et ont désormais succombé aux chants de sirène du cpaital, trahissant ainsi ceux qui sont morts pour la cause de la libération. Je suppose que notre auteur se serait contenté de ce que ses nombreux amis la traduisent en quelques langues ou, qui que sait, que se répète l’expérience réussie de La lengua del pueblo, mais en trois ans, beaucoup de chose se sont passées dans l’activisme de gauche, entre autres la naissance de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique, qui rend aujourd’hui possible une coordination multilingue auparavant inimaginable. J’ai donc proposé à Petras une édition mulltilingue, et cette proposition l’a enthousiasmé. Voici donc le fruit de notre travail.

Nous, les sept traducteurs impliqués dans ce projet, espérons que cette expérience se répètera à l’avenir, et pas seulement avec James Petras, mais aussi avec d’autres auteurs importants qui soient disposés à faire don de leur œuvre pour faire avancer la cause de la justice, de la fraternité et de la solidarité dans ce monde terrible qui est le nôtre.

Madrid, avril 2007

En cliquant sur les liens qui suivent, vous pourrez lire la pièce de James Pétras dans ses différentes traductions (documents pdf) :



Fantômes et rénegats
(Édition bilingue Anglais-Français), traduit par Fausto Giudice



Fantasmas y renegados

(Edición bilingüe Inglés-Español), traduit par Manuel Talens



Fantasmes i renegats

(Edició bilingüe Anglès-Català), traduit par Àlex Tarradellas



Fantasmi e rinnegati

(Edizione bilingue Inglese-Italiano), traduit par Mary Rizzo



Fantasmas e renegados

(Edição bilingüe Inglês-Português), traduit par Omar L. Barros Filho



Geister und Renegaten

(Zweisprachige Ausgabe Englisch-Deutsch), traduit par Isolda Bohler



Spöken och renegater
(Tvåspråkig version Engelska-Svenska), traduit par Kristoffer Larsson

.

James Petras

(Ben Heine © Cartoons)

--------------------------------------

--> La présentation ci dessus est initialement apparue sur Tlaxcala, le réseau pour la diversité linguistique


Libellés : ,

01 mai 2007

Guernica, 70 ans plus tard...
.
(Ben Heine © Cartoons)

La tragédie de Guernica
par George Steer, 27 avril 1937
Présenté et traduit par Fausto Giudice

C’était un lundi, jour de marché. Il y avait beaucoup de monde dans les rues de la petite ville de Guernica, qui comptait sept mille habitants. À 16 h 30, les cloches de la cathédrale ont commencé à sonner, et cinq minutes plus tard, le premier avion est apparu, et a lâché six bombes explosives de 250 kilos, suivies d’un chapelet de grenades. Quelques minutes plus tard, un deuxième avion est apparu. L’enfer a duré trois heures. En tout, ce sont 42 avions qui ont bombardé et mitraillé la ville, ses habitants et les environs où ils s’étaient réfugiés. Toute la ville a brûlé. L’incendie a duré longtemps. Bilan : 70% des édifices brûlés et un nombre de morts indéterminé, situé entre 800 et 1600. 70 ans plus tard, les historiens ne sont toujours pas d’accord sur le nombre de victimes de ce lundi noir qui fit de Guernica une ville-martyre et une ville-symbole , entrée définitivement dans notre mémoire collective. Les avions appartenaient à la Légion Condor allemande à l’Aviation légionnaire italienne. Nom de l’opération : Operation Rügen.

Deux hommes ont contribué de manière décisive à faire de Guernica ce symbole : George Steer et Pablo Picasso. Le premier était un jeune journaliste de 27 ans, né en Afrique du Sud, correspondant de guerre du quotidien londoniens The Times et partisan déclaré de la cause républicaine et basque. L’Espagne n’était pas son premier théâtre de guerre. En 1935,il avait été envoyé spécial en Éthiopie, qu’on appelait alors l’Abyssinie, soumise à une féroce agression italienne, ordonnée par Mussolini –le dictateur qui avait les yeux plus gros que le vente- qui accomplissait là son rêve d’Empire à coups de crimes de guerre. Déjà en Éthiopie, on avait vu des bombardements frapper une population civile désarmée. Déjà en Éthiopie, l’Occident démocratique avait trahi un peuple agressé par le fascisme.

George Steer arriva à Guernica quelques heures après le bombardement et câbla dans la nuit même son reportage de la ville martyre, qui parut le lendemain dans The Times, The New York Times, avant d’être repris par de nombreux journaux dans divers pays. C’est cet article qui a alerté le monde, suscitant des manifestations de protestation dans les rues de Londres et New York et déclenchant une contre-offensive médiatique des franquistes et de leurs alliés, l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Dans ces deux pays, les médias se déchaînèrent contre les « hordes bolcheviques », qui, à les en croire, avaient mis elles-mêmes le feu à Guernica avant de la quitter. Leurs mensonges ont été rapidement démentis. Le récit que l’histoire a retenu est celui de George Steer, dont une rue porte le nom à Guernica, où se dresse un buste de lui, inauguré en avril 2006.

Le second, à 56 ans, est un peintre déjà célèbre, installé en France. Il soutient la cause républicaine face à la rébellion franquiste. Celui que les Renseignements généraux (la police politique française) décriront comme un« un anarchiste considéré comme suspect au point de vue national » et comme « un peintre soi-disant moderne » - raison pour laquelle lui sera refusée la naturalisation française en avril 1940 – se met immédiatement au travail. Le résultat sera une toile monumentale de 8 mètres de long et de 3 m. 50 de haut, en noir et blanc, qui sera exposée au pavillon espagnol de l’Exposition universelle. Comme l’a dit Picasso, « La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensive et défensive contre l'ennemi ».

Guernica est une leçon qui reste encore à apprendre. Les auteurs de ce crime de guerre, à commencer par le chef de la Légion Condor, le lieutenant-colonel Wolfran von Richthofen, furent fêtés comme des héros dans l’Allemagne nazie , et ceux d’entre eux qui vivent encore, coulent une paisible retraite, donnant des interviews avec une incroyable décontraction. Le bombardement de la ville sainte des Basques était une expérience grandeur nature, destinée à évaluer les capacités de l’aviation allemande à détruire une ville de manière efficace .Comme l’a dit Hermann Göring au procès de Nuremberg : « La guerre civile espagnole m’a donné l’occasion de tester ma jeune aviation et a été un moyen pour mes hommes d’acquérir de l’expérience. »

Ce crime de guerre ne fut ni le premier ni le dernier du XXème siècle. Les premiers bombardements de populations civiles avec des armes chimiques furent ordonnés par Winston Churchill sur l’Irak en 1915. Après Guernica, il y aura d’autres villes-martyres, comme Coventry, Hambourg, Dresden, Hiroshima, Nagasaki. Après l’Espagne, toute l’Europe. Après l’Europe, l’Asie, de la Palestine à la Corée, au Vietnam et au Cambodge.

Les Guernica d’aujourd’hui s’appellent Gaza, Tal Afar, Falloujah, Samarra, Najaf, mais aussi Grozny ou Kandahar. Les avions qui lâchent leurs bombes meurtrières ne portent plus la croix de fer mais les couleurs de pays « démocratiques ». Les « Rouges ennemis de Dieu » que Franco, Hitler et Mussolini prétendaient combattre pour sauver l’Occident chrétien on été remplacés par les « islamistes » et « l’Axe du Mal », qui, selon Bush, véritable Hitler de notre temps, va de La Havane à Pyongyang en passant par Caracas, Beyrouth, Damas, Khartoum et Téhéran. Et la « communauté internationale », comme elle avait été paralysée devant le martyre de l’Éthiopie puis celui de l’Espagne, est aujourd’hui pire que paralysée devant le martyre de la Palestine, de l’Irak, de l’Afghanistan, elle est complice des centaines de Guernica qui se répètent sous nos yeux fatigués, jour après jour.

Lisez le reportage de George Steer. Il dit, en peu de mots, l’essentiel.
--------------------

La tragédie de Guernica
Une ville détruite par une attaque aérienne
Un témoin oculaire raconte

De notre envoyé spécial, George Steer, Bilbao, le 27 avril 1937


Guernica, la plus ancienne ville des Basques et le centre de leur tradition culturelle, a été complètement détruite hier après-midi par des raids aériens des insurgés. Le bombardement de cette ville ouverte située loin derrière les lignes a pris exactement trios heures et quart, durant lesquelles une puissante flotte aérienne consistant en trois types d’avions allemands, des bombardiers Junkers et Heinkel et des chasseurs Heinkel, n’a pas cessé de déverser sur la ville des bombes pesant 1000 livres et moins et , selon les calculs, plus de trois mille projectiles incendiaires de deux livres chacun. Les chasseurs, pendant ce temps, opéraient des piqués sur la ville et ses alentours pour mitrailler la population civile qui s’était réfugiée dans les champs.

Tout Guernica s’est rapidement retrouvée en flammes, à l’exception de la Casa de Juntas historique, qui contient les riches archives de la race basque, et où l’ancien Parlement basque siégeait. Le fameux chêne de Guernica, aussi bien la vieille souche desséchée de 600 ans que les nouvelles pousses, a été aussi épargné. C’est là que les rois d’Espagne faisaient le serment de respecter les droits démocratiques (foros) de Biscaye et en retour recevaient la promesse d’allégeance en tant que suzerains, avec le titre démocratique de Señor et non de Roi de Biscaye. La majestueuse église Santa Maria a été aussi épargnée, à l’exception de son beau chapitre, qui a été frappé par une bombe incendiaire.

À 2 h ce matin, quand j'ai visité la ville, le spectacle était terrifiant. Guernica brûlait d'un bout à l'autre. Les reflets de l'incendie pouvaient être vus sur les nuages de fumée au-dessus des montagnes à 16 km à la ronde. Pendant toute la nuit, des maisons s'écroulèrent au point que les rues étaient encombrées d'importants débris rougeoyants et infranchissables. Beaucoup de survivants civils ont pris le long chemin de Guernica à Bilbao dans d’antiques chars à bœufs basques aux roues solides. Des chars sur lesquels s’empilaient tout ce qui avait pu être sauvé des maisons après la conflagration ont encombré les routes toute la nuit.

D’autres survivants ont été évacués dans des camions du gouvernement, mais beaucoup ont été forcés de rester aux alentours de la ville en feu, couchés sur des matelas ou à la recherché de parents et d’enfants égarés, tandis que des unités de pompiers et de la police motorisée basque, sous la direction personnelle du ministre de l’Intérieur, Señor Monzon,et de sa femme, continuaient les opérations de secours jusqu’à l’aube.

La cloche de l’église sonne l’alerte

Le raid sur Guernica n’a pas de précédent dans l’histoire militaire, aussi bien par la forme de son exécution que par les dimensions des destructions perpétrées, sans parler de l’objectif choisi. Guernica n’était pas un objectif militaire. Une usine de matériel d e guerre à l’extérieur de la ville n’a pas été touchée. Ce fut aussi le cas des deux casernes qui se trouvaient à quelque distance de Guernica. Celles-ci étaient loin derrière les lignes de combat. La ville est loin derrière les lignes. L’objectif du bombardement était apparemment de démoraliser la population civile et de détruire le berceau de la race basque. Tous les éléments militent en faveur de cette interprétation, à commencer par le jour choisi pour ce forfait.

Lundi était le jour traditionnel de marché à Guernica pour toute la région. À 16 h 30, quand le marché était plein et que des paysans continuaient d’y arriver, la cloche de l’église a commencé à sonner l’alerte : des avions approchaient. La population a cherché refuge dans des caves et dans des tranchées-abris qui avaient été creusées suite au bombardement de la population civile de Durango le 31 mars, qui a ouvert l’offensive du Général Mola dans le Nord. On dit que les gens ont montré un grand courage. Un prêtre catholique a pris les choses en main et un ordre parfait a été maintenu.

Cinq minutes plus tard, un bombardier allemand isolé est apparu, faisant des cercles à basse altitude au-dessus de la ville, puis a lâché six bombes lourdes, visant de toute apparence la gare. Les bombes, suivies d’une pluie de grenades, sont tombées sur un ancien institut et sur les maisons et les rues l’entourant. Puis l’avion est reparti. Cinq minutes plus tard, est arrivé un second bombardier, qui a lâché le même nombre de bombes sur le centre de la ville. Environ un quart d’heure plus tard, trois Junker sont arrivés pour continuer le travail de démolition, et dès lors, le bombardement a gagné en intensité et a continué sans répit, ne cessant qu’à l’approche de la nuit à 19 h 45. Toute cette ville, qui comptait 7000 habitants plus 3,000 réfugiés, a été lentement mais sûrement réduite en pièces. Sur un rayon de 8 km, un détail de la technique des attaquants a consisté à bombarder des fermes isolées. Dans la nuit, celles-ci brûlaient comme des chandelles sur les collines. Tous les villages alentour ont été bombardés avec la même intensité que la ville elle-même et à Mugica, un petit hameau à l’entrée de Guernica, la population a été mitraillée pendant quinze minutes.

Rythme de mort

Il est pour le moment impossible de dire le nombre de victimes. Dans la presse Bilbao ce matin, on peut lire qu’il est “heureusement faible” mais il est à craindre que cela ne soit une litote destinée à ne pas alarmer le grand nombre de réfugiés à Bilbao. À l’hôpital Josefinas, qui a été l’un des premiers endroits bombardés, tous les 42 miliciens qu’il hébergeait ont été purement et simplement tués. Dans une rue descendant la colline depuis la Casa de Juntas j’ai vu un endroit où l’on m’a dit que 50 personnes, presque toutes des femmes et des enfants, ont été piégées dans un abri antiaérien sous une masse de décombres en flammes. Beaucoup de gens ont été tués dans les champs et en tout, les morts pourraient être plusieurs centaines. Un prêtre âgé nommé Aronategui a été tué par une bombe alors qu’il portait secours à des enfants dans une maison en flammes.

La tactique des bombardiers, qui pourrait intéresser des étudiants en nouvelle science militaire, était la suivante : premièrement, des petits groupes d’avions lancent des bombes lourdes et des grenades à main sur toute la ville, choisissant zone après zone de manière ordonnée. Puis arrivent des chasseurs volant en rase-mottes pour mitrailler les gens qui courent paniqués hors des tranchées-abris, dont certaines avaient été pénétrées par des bombes de 1000 livres, qui font des trous de 25 pieds (7,62 m.). Beaucoup de ces gens ont été tués alors qu’ils couraient. Un grand troupeau de moutons qui avaient été amenés au marché ont aussi été tués. L’objectif de cette manœuvre était apparemment de pousser la population à aller sous terre de nouveau, car aussitôt après pas moins de 12 bombardiers sont apparus en même temps pour lâcher des bombes lourdes et incendiaires sur les ruines. Le rythme de ce bombardement d’une ville ouverte était, donc, logique : d’abord des grenades à main des bombes lourdes pour déclencher la panique puis les mitraillages pour les forcer à se cacher sous terre, et enfin des bombes lourdes et incendiaires pour détruire les maisons et les brûler au-dessus de la tête des victimes.

Les seules contre-mesures que les Basques pouvaient prendre, car ils ne possèdent pas suffisamment d’avions pour faire face à la flotte insurgée, étaient celles fournies par l’héroïsme du clergé basque. Ils bénissaient et priaient pour la foule agenouillée – socialistes, anarchistes, communistes aussi bien que croyants déclarés – dans les tranchées-abris qui s’effondraient.

Quand je suis entré dans Guernica après minuit, les maisons s’effondraient de toutes parts, et il était absolument impossible même pour les pompiers d’entrer dans le centre de la ville. L’hôpital Josefinas et le Couvent Santa Clara étaient des tas de braises rougeoyantes, et les quelques maisons encore debout étaient condamnées. Quand j’ai visité à nouveau Guernica cet après-midi, la plus grande partie de la ville brûlait encore et de nouveaux incendies avaient éclaté. Environ 30 morts étaient allongés dans un hôpital en ruines.

Un appel aux Basques

L’effet du bombardement de Guernica, la ville sainte basque, a été profond et a conduit le Président Aguirre à publier la déclaration suivante dans la presse basque de ce matin : « Les aviateurs allemands au service des rebelles espagnols ont bombardé Guernica, brûlant la ville historique vénérée par les Basques. Ils ont voulu nous blesser dans le plus sensible de nos sentiments patriotiques, donnant clairement à voir ce à quoi Euzkadi peut s’attendre de la part de ceux qui n’hésitent pas à nous détruire dans le sanctuaire même qui nous rappelle les siècles de notre liberté et de notre démocratie.

Face à cet attentat, nous tous Basques devons réagir avec violence, jurant du fond de notre coeur de défendre les principes de notre peuple avec tout l’entêtement et l’héroïsme requis. Nous ne pouvons cacher la gravité de ce moment, mais l’envahisseur ne pourra jamais emporter la victoire si, élevant nos
esprits à des sommets de force et de détermination, nous nous armons pour sa défaite.

L’ennemi a avancé en beaucoup d’endroits pour ensuite être repoussé. Je n’hésite pas à affirmer que la même chose va se passer ici. Puisse l’attentat d’aujourd’hui nous stimuler à le faire de toute urgence. »

------------------------------

--> Texte original Original : timesonline

--> Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
.

Libellés : , ,

20 avril 2007

Une société aliénée
.
(Ben Heine © Cartoons)

USA, une société aliénée -
L’historien Howard Zinn commente la tuerie en Virginie

Luca Galassi, 18 avril 2007
Traduit par Fausto Giudice


Affligé, mais pas étonné : . Howard Zinn, l’un des plus grands historiens des USA, a accueilli avec une profonde tristesse la nouvelle du massacre à Virginia Tech, à Blacksburg, mais n’est pas surpris par l’événement.

Pourquoi, Monsieur Zinn?

Aux USA, il y a une culture de la violence perpétuée par la télévision, le cinéma, le militarisme de ce pays. Ce pays est mêlé à une énorme violence au Moyen-Orient et possède trop de bases miliaires dans le monde entier. La philosophie de l’actuelle administration est d’utiliser la violence pour résoudre les problèmes du monde. Notre gouvernement est drogué de violence. Il l’utilise fréquemment et avec des effets dévastateurs, il alimente une culture qui considère la violence comme normale et la perpétue dans les jeux vidéo, à la télé, dans les films. En même temps, il y a des lois qui autorisent les gens à porter des armes. Pas seulement des armes de chasse, mais surtout des armes automatiques, qui peuvent tuer énormément de gens en très peu de temps. Tous ces facteurs rendent inévitable la répétition d’événements comme la tuerie de Blacksburg, à savoir des gens qui se promènent aux USA avec une arme automatique et tuent n’importe qui. Malheureusement, ce n’est pas une chose surprenante.

Ce qui s’est passé n’est pas peut-être seulement le reflet du militarisme et de la violence, c’est aussi le résultat de lois qui permettent de se procurer une arme assez facilement. Est-ce que vous abrogeriez le deuxième amendement de la Constitution américaine ?

Il n’y a pas besoin d’abroger le deuxième amendement. À l’époque où la Constitution a été élaborée, les armes automatiques n’existaient pas. Mais les gouvernements non plus n’existaient pas, avec leur dose de violence. La Constitution est constamment interprétée et réinterprétée, et aujourd’hui le deuxième amendement signifie ce que Bush et son gouvernement veulent bien qu’il signifie. Je le répète : à l’époque, cette norme permettait l’autodéfense dans un pays qui sortait d’une guerre civile. D’après moi, il n’y a pas de problème constitutionnel. Le problème est politique, il s’agit de garantir qu’on aura les voix des membres de la National Rifle Association, qui a un pouvoir énorme sur les médias, qui possède des compagnies aériennes et ainsi de suite. La question est donc tout simplement celle-ci : le désir opportuniste de Bush de gagner ces voix et le refus d’imposer l’interdiction de la vente d’armes.

Vous pensez que s’il y avait une telle interdiction, le nombre de morts diminuerait, ou est-ce que vous croyez qu’un changement culturel général est nécessaire pour atténuer la violence de la société américaine ?

Je pense que les deux choses sont nécessaires. Il faut interdire la vente et il faut changer ce qui est enseigné aux enfants à l’école, changer ce qu’ils voient à la télévision. Celle-ci, au lieu de montrer des héros qui tuent les soi-disant méchants, devrait plutôt montrer des héros qui refusent l’usage de la violence, de héros qui peuvent agir et vaincre sans être nécessairement violents. La culture des armes contribue à rendre la société violente, mais une grande responsabilité doit être imputée aussi à une société qui produit l’insatisfaction, le malheur et l’aliénation chez les adolescents. Pour beaucoup de jeunes, il n’y a pas d’autre opportunité que l’engagement volontaire (dans l’armée). Et ça, c’est le motif de l’aliénation profonde des nouvelles générations américaines.

-----------------------
Original : Peacereporter
Howard Zinn, né en 1922 à Brooklyn dans une famille ouvrière, a été aviateur durant la deuxième Guerre mondiale, avant de devenir un opposant farouche à la guerre. DIplômé de l’Université de Columbia, il commence sa carrière d’historien en 1956. Son engagement dans les mouvements sociaux, pour les droits civiques et contre la guerre, lui vaut pas mal d’ennuis. En 1962 Zinn est à l’Université de Boston, où il devient l’un des porte-paroles les plus entendus du mouvement contre la guerre du Vietnam. Il est aujourd’hui considéré comme le plus important historien progressiste des USA et une voix écoutée du pacifisme inetrnational.
Son Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 a nos jours a été vendue à plus d’un million d’exemplaires aux USA. En français, on peut aussi lire de lui L'impossible neutralité : Autobiographie d'un historien et militant
Traduit de l’italien par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.

Libellés : , , ,

"Si je n’avais pas le droit de vote,
je me battrais pour l’avoir"

(Ben Heine © Cartoons)
.

Le texte intitulé "Pour quel candidat voter aux élections présidentielles françaises" (Lire l'article), publié sur ce Blog il y a quelques jours a suscité une vive réaction de la part d'une de nos camarades ihecsienne, Fleur Jasoigne. Voici sa réponse à l'article en question, il est vrai, très satirique. Merci, Fleur, pour tes propos emplis de détermination et d'espoir.

.

T'attends quoi pour te bouger ?

Par Fleur jasoigne (*)
.

Pourquoi voter alors?

Parce que si je n’avais pas le droit de vote, je me battrais pour l’avoir
Parce que chaque jour dans le monde, des gens meurent pour avoir pensé trop fort le mot élection
Parce que quand on a le droit de vote, voter est un devoir de citoyen

Pourquoi voter alors?
Parce que si ma voix ne comptait vraiment pas, je vivrais dans une dictature
Parce que la voix que je donne à un parti démocratique, c’est celle qu’un extrémiste n’aura pas
Parce que si les candidats te plaisent pas, t’attends quoi pour te bouger?
Parce qu’être citoyen, c’est bien plus que voter, c’est un mode de vie

Pourquoi voter alors?
Parce que l’abstention, ce n’est pas une action, c’est un abandon
Parce qu’il paraît que l’espoir fait vivre...

.


(*) Fleur Jasoigne est étudiante en Presse-Information à l'Ihecs, école de journalisme et communication située à Bruxelles.

Libellés : , , ,

17 avril 2007

Jazz et Jihad :
Le discours de la solidarité
.
Discours prononcé par Gilad Atzmon à Denver, Colorado (Etats-Unis), le 13 avril 2007
.

Mesdames et Messieurs,

Pendant de longues années, j’ai considéré l’Amérique comme ma terre promise. Comme jeune musicien de jazz, j’étais fermement convaincu que je finirais par vivre à New York. Ma Jérusalem, c’était Downtown Manhattan et bien sûr, mes Saintes Écritures, c’était les vieux vinyles de Blue Note et mes rabbins s’appelaient Coltrane, Bird, Miles, Duke, Dizzy, Bill Evans et il y en avait naturellement beaucoup d’autres. J’ai été convaincu de cette réalité pendant un moment et de fait, ça m’a pris du temps pour comprendre que le jazz, c’était beaucoup plus que simplement de la musique. Ça m’a pris du temps pour saisir que le jazz, c’était autre chose, que c’était une forme de résistance. Désormais, je considère que le jazz n’est pas différent du Jihad, et donc jouer du jazz, c’est mon Jihad personnel. Je crois comprendre commencent déjà à penser que je suis un nostalgique, certains pourront même penser que je suis un parfait naïf ou juste un pauvre fou. Je réalise que “les choses ont change”, qu’elles ont changé autant pour vous que pour moi. Je réalise que le jazz n’est plus tout à fait une forme de résistance. Laissez-moi vous préciser que l’Amérique n’est plus non plus ma terre promise. De fait, alors que j’écrivais ce discours, je n’étais même pas sûr que serais autorisé à entrer dans votre pays. De même que le jazz, la musique classique de l’Amérique, a été un appel à la liberté et ne l’est plus, l’Amérique n’est plus un lieu de liberté. Je dis souvent qu’avant de libérer les autres, le people américain devrait d’abord se libérer lui-même. Je suis sûr que tôt ou tard, il le fera.

Iraq, Afghanistan et Palestine


J’ai récemment participé à plusieurs débats publics sur le dénominateur commun entre la Palestine, l’Irak et l’Afghanistan. J’ai la joie de vous signaler que l’on peut noter que de plus en plus de gens admettent désormais franchement ce que certains d’entre nous ont réalisé depuis des années. Les Palestiniens, les Irakiens et les Afghans sont en train de payer au prix fort le tournant sionocentrique qui a été pris dans le circuit des décideurs anglo-américains. Apparemment, l’Irak, l’Afghanistan et la Palestine ne sont que l’apéritif d’un festin interminable. Les siocons ont un gros appétit à satisfaire. Les mêmes lobbys qui ont conduit l’Amérique à cette désastreuse invasion de l’Irak et de l’Afghanistan sont maintenant en train de faire tout leur possible pour pousser l’Amérique à intervenir en Iran et en Syrie Pour les rares personnes qui ne l’ont pas encore réalisé, l’Amérique a opéré officiellement comme une force missionée par Israël. Elle combat actuellement les dernières poches souveraines de résistance musulmane.

Assez souvent, le vrai objectif des lobbys sionistes demeure caché. Ils disent vouloir promouvoir de vertueuses alternatives humanitaires totalement bidon. L’ American Jewish Committee (AJC), par exemple, est en train de mener un lobbying agressif contre les violations des droits humains en Iran et au Darfour. Comme les questions de droits humains sont très chères à mon cœur, j’en suis venu à me demander si les organisations juives ne devraient pas plutôt se concentrer sur les crimes de guerre colossaux qui se répètent jour après jour en Palestine, du fait d’Israël. De temps à autre, nous lisons que l’AIPAC établit ue équivalence entre l’Iran et la Syrie et l’Allemagne nazie. Mais il faudrait rappeler aux lobbyistes sioniste qu’en fait, il se trouve que c’est aujourd’hui Israël, « l’État pour les seuls juifs » qui est le seul et unique vestige du nationalisme raciste.

Il y a trois semaines, la Palestine Chronicle a réalisé un sondage en ligne. La question posée était : »Est-ce que le lobby israélien contrôle la politique US au Moyen-Orient ? » Inutile de préciser que personne n’aurait osé poser une telle question il y a seulement cinq ans. Maintenant cette question est posée de manière répétée et il semble que els gens n’ont plus peur de dire ce qu’ils pensent vraiment. 80% ont répondu “Oui”, 15% ont dit “Non” et 4% ne savaient pas. Ces résultats nous montrent une réalité que beaucoup d’entre nous ne veulent pas voir. La grande majorité des Palestiniens anglophones, des militants de la solidarité avec la Palestine et des militants anti-guerre sont désormais prêts à admettre que le lobby israélien contrôle la politique US au Moyen-Orient. Nous sommes prêts à admettre le fait que l’Amérique opère comme une force missionnée par Israël. L’Amérique s’aligne sur les intérêts d’Israël et sacrifie ses fils et filles pour maintenir l’hégémonie régionale d’Israël.

Mais ici je voudrais rebondir. Je n’ai pas l’intention de vous parler de l’Amérique sionisée. Je veux croire que la majorité des supporters de la Palestine et des militants anti-guerre dans cette salle en savent plus là-dessus que moi. Non, je voudrais essayer de porter la discussion plus loin. Je voudrais développer la notion de solidarité et d’empathie.

Ceux qui sont familiarisés avec mes écrits savent que je ne suis pas exactement un spécialiste de science politique. La politique ne m’intéresse pas et encore moins les politiciens, qui, de manière générale, ne suscitent en moi qu’une forte répulsion.

Plus que la politique per se, c’est l’humanité et la notion d’humanisme qui m’intéressent. Je me demande souvent ce qu’implique le fait d’être au monde. Et il vaut mieux le reconnaître : je suis sidéré de constater qu’en tant que société, que groupe d’individus, nous avons réussi à échouer continuellement dans l’action pour les peuples d’Irak, de Palestine et d’Afghanistan. Je pense que ce véritable échec collectif lance en soi un message alarmant. Et plutôt que de me pencher sur les crimes commis par Blair, Bush et les siocons, je me suis progressivement intéressé à l’apathie générale des occidentaux. Pour être plus précis, je dirais que le dénominateur commun entre l’Irak, la Palestine et l’Afghanistan est notre indifférence collective face à un crime commis en notre nom.

Comme certains d’entre nous s’en souviennent peut-être, dans les jours précédant la maudite invasion illégale de l’Irak, le mouvement anti-guerre avait réussi à mobiliser des millions de gens pour protester. On les a vus dans toutes les capitales. Ils appelaient Bush et Blair a arrêter leurs plans militaires. Des millions de gens remettaient en cause les écoeurants bobards diffusés par les services de renseignement anglo-américains. Nous pouvions tous percer à jour les mensonges, nous pouvions prévoir le crime qui se préparait, nous étions indignés et nous étions convaincus de faire la bonne chose à faire. Et voilà que bizarrement, quatre ans plus tard, après des centaines de milliers de morts, des millions de blesses, des millions de personnes déplacées, alors qu’il est clair que les choses se sont passées aussi mal que possible, alors qu’il est établi que “le danger des armes de destruction massives irakiennes” n’était qu’un mensonge,, il n’y a plus beaucoup de gens qui se soucient encore de cela. Maintenant que la terrible prophétie d’un génocide sans fin devient réalité, nous sombrons collectivement dans l’apathie. Quelle est la raison de cette indifférence collective, pourquoi avons-nous perdu de l’intérêt ? Pourquoi ne combattons-nous pas ? Pourquoi ne sommes-nous pas un mouvement de masse ?

Je ne suis pas sûr de pouvoir fournir les bonnes réponses à ces questions mais je suis peut-être en mesure d’éclairer un peu cette question..

Clash culturel

J’incline à penser que la notion de clash culturel a de fait un sens profond, en particulier pour ce qui concerne le discours de la solidarité. Naturellement, nous avons tendance à attendre de ceux qui sont l’objet de notre solidarité qu’ils adoptent nos vues et laissent tomber les leurs. Tout comme Blair et Bush insistent dans leur volonté affichée de démocratiser le monde musulman, nous, les soi-disant humanistes de gauche, avons nos propres agendas divers pour la région et ses peuples. En Europe certains marxistes archaïques sont convaincus que la “politique de la classe ouvrière” offre la seule perspective et la seule solution viable au conflit. D’autres socialistes et égalitaires naïfs parlent de libérer les musulmans de leurs caractéristiques religieuses. Les cosmopolites à l’intérieur du mouvement de solidarité suggèreraient plutôt, quant à eux, aux Palestiniens que le nationalisme et l’identité nationale sont choses du passé très nettement, beaucoup d’entre nous, beaucoup d’entre nous aiment les Arabes et les musulmans tant qu’ils agissent comme des Européens blancs d’après les Lumières. En d’autres termes, nous aimons les musulmans pourvu qu’ils arrêtent d ‘être musulmans.

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, je pourrais aussi mentionner que la “politique de la classe ouvrière” n’a rien à voir avec la Palestine, l’Irak ou l’Afghanistan. Pour ceux qui ne veulent pas voir la vérité évidente, je peux aussi rappeler que la révolution industrielle n’est jamais arrivée à Gaza. En outre, la victoire nationale du Hamas aux élections démontre indubitablement que les Palestiniens ne sont pas exactement sur le point d’abandonner l’Islam. Le million de Chiites qui ont protesté lundi dernier à Najaf n’étaient pas exactement des Arabes laïcs.

Il est crucial de rappeler que la lutte palestinienne est une lutte nationale. Le million de Chiites irakiens qu manifestaient à l’appel de Muqtada Al Sadr lundi dernier brûlaient démonstrativement des drapeaux Us tout en brandissaient leurs propres drapeaux irakiens aussi haut que possible. En d’autres termes, nous avons de bonnes raisons de croire qu’ils sont susceptibles d’avoir une vision nationaliste consistante et authentique de leur conflit et de sa résolution. Encore une fois, attendre des Palestiniens qu’ils deviennent laïcs, cosmopolites et adeptes de l’idéologie de la classe ouvrière, c’est demander aux Arabes et aux musulmans d’agir comme des marxistes européens. Cela n’a rien à voir avec la solidarité; ce n’est rien d’autre qu’une projection. Nous projetons sur les autres notre propre vision du monde solipsiste [solipsisme : attitude du sujet pensant pour qui sa conscience propre est l'unique réalité, les autres consciences, le monde extérieur n'étant que des représentations, NdT].

Militantisme autocentré

Dans la terminologie lacanienne, l’amour, c’est s’aimer soi-même à travers l’autre. En gros, notre notion de la solidarité n’est pas très différente : nous courons en permanence le risque d’exercer une solidarité avec nous-mêmes via les souffrances des Palestiniens et des Irakiens. Nous risquons d’utiliser les Palestiniens et les Irakiens pour démontrer notre propre grandeur. Comme alternative, je suggèrerais que soutenir l’autre signifie accepter l’altérité, d’accepter ce que vous ne pourrez peut-être jamais comprendre. Accepter l’altérité, c’est laisser entrer ce qui n’est ni connu ni familier. Soutenir la Palestine, c’est soutenir le Hamas et soutenir l’Irak, c’est appuyer la résistance et la lutte de libération irakiennes. Pour le dire simplement, manifester de la solidarité, c’est soutenir et accepter d’autres peuples et leur volonté.

Mais quelque part, au lieu de se contenter de cela, dans la plupart des cas, nous arrivons à transformer l’objet de notre solidarité en fétiche. Nous-mêmes faisons preuve d’indulgence vis-à-vis d’idéologies de paix aux dépens de la souffrance d’autres peuples. Nous instrumentalisons les larmes de l’autre comme réassurance de notre propre bonté. Cela peut expliquer pourquoi nombre d’entre nous ont perdu tout intérêt pour l’Irak et la Palestine. Si tout ce qui nous intéresse, c’est de faire l’amour avec nous-mêmes, l’Irak, la Palestine, l’Afghanistan, l’Iran et la Syrie peuvent aisément être remplacés par d’autres prétextes. Sinon, nous pouvons continuer comme ça, à nous montrer un coup dans des manifestations de masse pour retomber dans l’apathie pendant une décennie ou presque.

Nous nous accommodons de cela

Pourquoi nous sommes-nous dissous dans l’apathie ? Parce que nous nous accommodons de cet état de fait. Juridiquement parlant, l’Amérique et la Grande-Bretagne sont responsables du carnage colossal en Irak. Si l’on prend en considération que , l’Amérique et la Grande-Bretagne sont des démocraties et si l’on ajoute le fait embarrassant que les peuples de ces deux « grandes démocraties » ont réélu des criminels de guerre, il ne nous reste pas d’autre choix qu d’admettre une culpabilité collective. Dans une certaine mesure, chaque citoyen usaméricain et britannique est responsable des crimes commis en Irak, en Palestine, au Liban et en Afghanistan. Mais cet état de criminalité ne veut pas dire grand-chose pour la plupart d’entre nous. Les Usaméricains et les Britanniques, jusqu’à nouvel ordre, se sont tout simplement accommodés de cela.

L’Amérique a perdu 3000 de ses fils et filles dans la guerre d’Irak. Pour autant que je sois désolé pour ceux qui ont perdu les leurs, force est de constater que pour une superpuissance de la taille de l’Amérique, de telles pertes sont négligeables. En comparaison, l’Amérique a perdu à peu après autant de combattants en quelques jours, le Jour J (le 6 juin 1944). Dans la guerre moderne, les superpuissances ont principalement engagés dans la tuerie de civils innocents à distance. L’Amérique ne risqué pas ses soldats. Elle ne fournit pas la moindre sécurité élémentaire à l’Irak et à l’Afghanistan occupés. Apparemment, les généraux américains que cela coûterait des vies à leurs troupes. Comment les Américains ont-ils pu échouer à fournir de la sécurité ? Ils s’en sont tout simplement accommodés. Pourquoi plongeons-nous dans l’apathie ? Plus ou moins pour les mêmes raisons : nous nous accommodons.

Un pont de trop

Alors que j’approche de la fin de mon discours, je pourrais conclure que demander à des Occidentaux de soutenir les musulmans et le Jihad, c’est probablement trop leur demander. L’Occidental typique ne sait pas comment jeter un pont au-dessus du gouffre qui sépare le “matérialisme” du “Jihad” ou “l’amour de soi” et le “martyre”. Nous considérons généralement nos propres vies comme un cadeau précieux d’une valeur inestimable. Nous sommes soumis à la notion, issue des Lumières, d’individualité et d’individualisme. Succombant au rationalisme orthodoxe , nous croyons au pouvoir suprême de la raison. Nous adorons la science et admirons la technologie. Les gadgets électroniques éveillent notre libido.

Apparemment, l’esprit et la beauté n’ont de sens pour nous que s’ils sont rattachés à un bien matériel. Dans notre réalité américanisée, existence rime avec valeur marchande. Et pourtant, l’esprit de résistance et la beauté sont d’une valeur inestimable. Je voudrais suggérer que nous nous ne serons pas capables de comprendre ce que la lutte palestinienne et irakienne signifie pour leurs peuples tant que nous ne nous libèrerons pas de notre étroite vision matérielle de la réalité. Nous ne pourrons pas comprendre des gens qui sacrifient leur bien suprême (leur vie, NdT) si nous ne reconnaissons pas qu’il y a plus dans la vie que juste la vie. Nous ne pourrons jamais comprendre l’insurrection irakienne et la lutte de libération palestinienne tant que nous chercherons pas à comprendre ce que le sol peut signifier pour des gens qui refusent de se soûler au Coca-Cola.

La recherche d’un sens à la solidarité est une affaire personnelle. Je crois que le sens de la solidarité est sans doute une notion très dynamique. Je commence à me rendre compte que, dans l’état actuel des choses, la gauche, qui a été plutôt efficace dans l’organisation de campagnes anti-impériales pendant des années, ne peut peut-être rien apporter à la Palestine, l’Afghanistan et à L’Irak. La gauche étant une perspective rationnelle, qui a suivi les Lumières, a un problème à régler avec l’Islam et al dévotion religieuse. J’espère me tromper. Je peux distinguer quelques îlots isolés de penseurs dialectiques de gauche qui semblent disposes à reconnaître que la résistance musulmane peut aussi véhiculer une vision alternative de la réalité et de la résistance.

Je peux parler pour moi-même. Pour moi, le Jihad et le jazz sont des formes très similaires d’engagement. Pour moi, la génération d’Américains noirs qui ont tout sacrifié pour l cause de la beauté et de la résistance étaient en fait engagés dans une guerre sainte. Pour moi ce sont Bird, Max Roach, Dizzy, Coltrane et les autres qui ont su aller loin au-delà du rêve américain matérialiste et mecantiliste. Le jazz était leur voix de la liberté. Le jazz était leur appel au changement. Le jazz était une idéologie, un état d’esprit, une manière de vivre et aussi de mourir. Être un musicien de jazz, c’est combattre pour la beauté, c’est créer et recréer, construire et déconstruire, poser des questions tout en sachant qu les réponses peuvent ne pas être disponibles pendant un moment. Jouer du jazz, c’est se perdre délibérément. Jouer du jazz, c’est laisser son ego derrière soi.

Ce discours a été tenu le 13 avril à l’Université de Denver, Colorado, lors d’un événement organisé par Front Range Coalition. Argusfest Film, Aspen et Denver Activists.

--------------------------------------


--> Ce texte a initialement été publié sur peacepalestine et Tlaxcala.

--> Le discours a été traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.

Libellés : , , , ,

15 avril 2007

Pour quel candidat voter aux
élections présidentielles françaises?


(Ben Heine © Cartoons)


Pourquoi je ne voterai pas pour...
.
Par Leyla Z

.

Ségolène Royal
…parce qu’elle aime et chante La Marseillaise, et moi pas.
…parce qu’elle met sur le même plan les « femmes voilées » et les « femmes violées », et moi pas.
…parce qu’elle défend « le droit à l’existence de l’État d’Israël », et moi pas.
… par ce qu’elle n’est qu’une Tony Blair en jupons, et que Tony Blair n’est qu’une Margaret Thatcher en pantalon, et que je ne voterai pas pour une travestie.
…parce que c’est une surfeuse, et que je n’aime pas le surf.
Pour qui voter alors ?

Nicolas Sarkozy
…parce qu’ il est trop petit, petit de taille, petit d’esprit, petit de cœur, petit de tête.
… parce que la France n’est tout de même pas tombée si bas qu’elle puisse être dirigée par un shérif de la Puszta descendant d’Attila ;
…parce qu’il défend le « droit à l’existence de l’État d’Israël », et moi pas
… parce qu’un président Sarkozy est capable d’entraîner la France dans les nouvelles aventures guerrières de l’Empire yankee déclinant.
… parce qu’avec un président Sarkozy, tout le monde se retrouvera fiché-manipulé-biométrisé-fliqué génétiquement.
Bref, parce que je ne veux pas me retrouver exilée à Guernesey et devoir réécrire les diatribes de Victor Hugo contre Napoléon le Petit.
Pour qui voter alors ?

Jean-Marie Le Pen
…parce qu’il est trop gros
…parce qu’il est trop vieux
…parce qu’il est trop riche
…parce qu’il est trop con
…parce qu’il défend le « droit à l’existence de l’État d’Israël », et moi pas.
Et que si au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, la France, même myope, reste une République.
Pour qui voter alors ?

François Bayrou
…parce qu’il est inodore
...parce qu’il est incolore
...parce qu’il est insipide
...parce qu’il défend le « droit à l’existence de l’État d’Israël », et moi pas.
Et qu’il n’aura même pas le cran de tenir ses promesses et de remplacer ses limousines présidentielles par des tracteurs.
Pour qui voter alors ?

Philippe de Villiers
…parce qu’il veut créer une Garde Nationale pour surveiller les mosquées et les sous-sols de Roissy
…parce qu’il veut faire de la France un grand Puits-du-Fou
.…parce qu’il défend « le droit à l’existence de l’État d’Israël », et moi pas.
Pour qui voter alors ?

Marie-George Buffet
…parce qu’elle est triste comme un jour sans pain
…parce qu’elle défend « le droit à l’existence de l’État d’Israël », et moi pas.
…parce qu’elle me fait trop penser aux apparatchiks de la défunte Union soviétique
Et donc qu’avec elle, les lendemains ne risquent pas de chanter.
Pour qui voter alors ?

Dominique Voynet
…parce que vu le tour de taille qu’elle a pris depuis qu’elle est devenu sénatrice, elle risque d’exploser en vol une fois présidente
…parce qu’elle a trahi l’écologie politique depuis belle lurette en avalisant le programme nucléaire
…parce qu’elle défend « le droit à l’existence de l’État d’Israël », et moi pas.
… parce qu’elle a démontré sa nullité comme ministre
Pour qui voter alors ?

Alette Laguillier
…parce qu’avec Lutte ouvrière au pouvoir, bonjour la transparence ! On se retrouverait avec un « État ouvrier » clandestin, des ministres avec des pseudonymes qui tiendraient leurs conseils dans des caves.
...Et parce qu'une troskyste, ça va...
Pour qui voter alors ?

Frédéric Nihous
…parce qu’il aime descendre des palombes au fusil
…parce qu’il « défend la ruralité » en 4X4
Et que je n’aime ni les porteurs de fusils ni les chauffeurs de 4X4
Pour qui voter alors ?

Olivier Besancenot
…parce que je n’ai plus besoin de facteur, vu que je communique exclusivement par courriel
Et parce que deux trotskystes, ça va...
Pour qui voter alors ?

José Bové
…parce qu’il a menti en prétendant avoir été expulsé de Cuba
…parce qu’il défend « le droit à l’existence de l’État d’Israël », et moi pas
.…parce que je pense qu’il avait mieux à faire que de perdre son temps dans cette mascarade électorale
…parce qu’on se demande vraiment ce qu’il est allé faire dans cette galère
Pour qui voter alors ?

Gérard Schivardi
…parce qu’un trotskyste, ça va
…parce que deux trotskystes, ça va,
Mais…trois trotskystes, bonjour les dégâts !
Pour qui voter alors ?

Le 22 avril votez pour vous, abstenez-vous !

---------------------

--> Source : Basta
--> Leyla Z

Libellés : , , , , , , , , ,

25 mars 2007

Posez vos questions à Elio Di Rupo

Dans le cadre de la série "pour qui allez vous voter en 2007?", je rencontre le grand Vizir du PS mercredi prochain (le 28). Si vous désirez lui poser une question envoyez moi un mail à messagesblog@gmail.com.

Thomas

Libellés :

23 mars 2007

"Il est difficile de développer des idées
avec toutes les nuances nécessaires
par le truchement de la caricature"


Entretien avec Joël Saucin

Joël Saucin est professeur à l'Institut des Hautes Études des Communications Sociales (IHECS), Docteur en communication (UCL), Maître en management (ULB) et analyste jungien (Institut international Charles Baudouin).


- Pensez-vous qu’il existe des limites à la liberté d’expression ? Si oui, quelles sont les frontières à ne pas dépasser ?

Je dirais que toute personne, tout village, toute région, toute population, voire toute civilisation connaît des tabous et que dès lors, pour de multiples raisons, ce qui peut paraître totalement anodin dans le chef d’un grand nombre, peut être considéré comme une attaque dans le chef de certains. Pourquoi ? Parce que ça fait référence à un tabou. On ne connaît pas, en plus, nécessairement tous les tabous du monde et encore moins ce qui relève du tabou pour tout un chacun.

D’ailleurs, il est très difficile de tenir compte de ce qui est de l’ordre du tabou dans le chef de certains. S’il fallait limiter la liberté d’expression aux susceptibilités de tout un chacun, on n’aurait plus d’expression possible.

Maintenant, certaines communications ou certains dessins sont clairement des provocations, des manifestations d’antagonismes ou voulus comme étant blessants. Ce n’est jamais très agréable d’être blessé. Je pense que ceux qui manifestent des propos xénophobes, racistes, anti-religieux, anti-politiques, bref anti-tout, savent très bien qu’ils blesseront. Donc je ne trouve pas cela fort intéressant, dans le respect de l’autre. Néanmoins, je reste un fervent partisan de la liberté d’expression.

- Selon vous, y-a-t’il une seule liberté d'expression, ou en existe-t’il plusieurs ? (En fonction des différentes cultures d’un pays à l’autre)

Il existe de multiples libertés d’expression puisqu’on exerce chacun son autocensure, liée a ses propres tabous.

Je vais prendre un exemple qui a l’air de prime abord relativement anodin : dans les contes berbères, il est fait référence au dieu de la pluie. Aujourd’hui, les conteuses berbères évitent d’évoquer le dieu de la pluie et parleront plutôt du Maître de la pluie pour éviter de choquer les musulmans dont ils font maintenant partie, puisque dans la foi musulmane il y a un seul et unique Dieu. Il n’est donc pas possible d’avoir des dieux de la pluie, du vent, du tonnerre…

Voilà un exemple où effectivement un tabou de nature religieuse vient interférer sur l’expression libre des conteuses. On sait pourtant bien que les contes ne sont pas de natures politique, économique ou sociale, puisque ce sont avant tout des expressions, des communications de la sagesse intérieure.

- Que pensez-vous du concours de dessin sur l’Holocauste organisé par le quotidien iranien Hamshari en réponse aux caricatures du prophète Mahomet publiées dans divers quotidiens européens ?

Je suis partisan de la liberté d’expression. Mais il faut bien se rendre compte qu’en cette matière, le gouvernement iranien a estimé que les caricatures relatives à Mahomet étaient de la provocation et y a répondu par une autre provocation, en l’occurrence une provocation qui ne pouvait que manifester du mécontentement dans le chef du gouvernement israélien.

Même si ils ne sont pas en guerre, ces deux pays n’ont plus de relations diplomatiques, l’Iran étant clairement antagoniste par rapport à Israël. Il faut donc prendre ce concours pour ce qu’il est : une simple provocation qui ne fait qu’envenimer les débats au niveau de la politique du Proche et du Moyen Orient.


- Pensez-vous que le dessin est une force politique qui peut faire changer le comportement des gens ?

En général, la classe politique a tendance à écouter l’avis de la majorité, ce qu’on appelle souvent la majorité silencieuse ou l’opinion publique. La classe politique va presque toujours dans le sens du vent.

De temps à autres, de grands hommes politiques ont été à même d’aller en sens contraire, mais c’est relativement rare. J’en veux pour preuve la controverse autour de la politique fiction diffusée mercredi 13 décembre sur la RTBF. Les dirigeants de la classe politique, tant au niveau de la Communauté Française qu’au niveau de la Communauté Flamande, étaient au courant de cette émission, soit parce qu’ils y participaient eux mêmes, soit parce qu’ils avaient été prévenus par leur cabinet. Quand ils se sont rendus compte qu’un certain nombre de téléspectateurs avaient été choqués par cette fiction, soudain ils se sont mis à hurler avec les loups.

Pour moi, c’est assez représentatif de ce que peut faire la classe politique dans le pire sens du terme. Pourtant je ne condamnerai jamais cette classe politique car j’ai beaucoup de respect pour les hommes politiques qui s’engagent, qui consacrent du temps, et qui font en sorte que nos démocraties puissent avancer et s’améliorer. Mais il y a des dérapages qui ne sont pas toujours liés aux journalistes ou à l’information.

- Avez-vous des exemples concrets d’influence de dessin politique ou humoristique sur les gens. Les BD, par exemple ont-elles un certain rôle bénéfique ?

Il y a un certain nombre de caricatures qui ont influencé positivement, je pense, la population. Exemple : Dans les années ’60, Hara-Kiri et Charlie Hebdo produisaient un certain nombre de caricatures qui étaient relativement proches de celles sur Mahomet, c'est-à-dire qui avaient un caractère provocateur.

Je me souviens entre autre d’une caricature représentant l’arrière de la croix de Jésus où il était écrit en dessous : «La face cachée du Christ » C’était une caricature de Charlie Hebdo. Je pense même que cela avait suscité une censure du journal.

Ce qui est reproché aujourd’hui en 2005-2006 au niveau de la religion musulmane a connu aussi certains mêmes mouvements de mauvaise humeur au niveau de la religion chrétienne.

Finalement, 30 ou 40 ans, ce n’est pas grand-chose sur l’échelle du temps. Je pense que néanmoins, ce genre de caricatures fait œuvre utile au niveau de l’opinion publique. Cela supprime quelques œillères et permet d’être plus tolérant et plus ouvert.

- Selon vous, le rôle du dessinateur de presse est-il de faire rire ou de faire penser ?

Les deux à la fois. Le rire, en ces matières, permet de dépasser certains clivages, d’aller au-delà. Il permet de faire passer des idées et les dessins seront plus facilement acceptés si ils suscitent en même temps le rire. Malgré le rire, cela permet quand même de réfléchir. C’est la force de la caricature, je trouve.

- Êtes-vous favorable à des journaux entièrement dessinés ?

Oui, je suis favorable à cela. D’ailleurs cela a été une tendance qui était fort développée fin des années ‘60, début des années ’70. A un moment donné, l’un des rêves de René Goscinny [1], qu’il n’a pu pousser jusqu’au bout, était de transformer le journal Pilote en un journal d’information, par le biais de la bande dessinée.

Et bizarrement, ce sont les dessinateurs les plus progressistes de la rédaction qui, en ’68, ont reproché à ce même Goscinny, devenu rédacteur en chef du journal, de ne pas aller suffisamment loin et qui lui ont fait un procès d’intention en disant qu’il était rétrograde, ce qu’il n’était pas.

Cela a permis à ces mêmes dessinateurs de créer d’autres organes qui essayaient d’être des organes de presse en même temps, je pense à l’Echo des Savanes et à Fluide Glacial entre autres. Charlie Hebdo a essayé aussi. Mais ces publications n’ont jamais réussit à atteindre l’information pure.

Comme tous les médias, la BD ou la caricature a ses spécificités. Il est difficile par exemple de développer des idées avec toutes les nuances nécessaires par le truchement de la caricature.

La caricature s’enferme généralement dans un seul type de dessin, à la mode de Pierre Kroll dans Télé Moustique par exemple. Elle est relativement limitée. Néanmoins, lorsque c’est bien fait, ça donne à réfléchir.

Le dessin de presse est quand même une combinaison entre l’écriture, c'est-à-dire le digital et le dessin de nature analogique. Parfois, la confrontation des deux génère de nouvelles idées, ce qu’on n’a pas directement avec le média écrit ou avec les médias photographique et télévisuel.

[1] Pilote est un magazine français hebdomadaire de bande dessinée créé le 29 octobre 1959 et qui parut pour la dernière fois en mensuel en octobre 1989. Outre la bande dessinée, Pilote publiait également des nouvelles, romans, reportages et blagues en tous genres. Il a radicalement changé le monde de la bande dessinée francophone. Depuis l'été 2003, de nouveaux numéros ont été publiés dans une périodicité « irrégulomadaire », ne paraissant que « quand les pages sont prêtes ». Son slogan devient alors « Pilote, le journal qui s'amuse à revenir ». À sa création, le directeur de la publication était Jean Hébrard, le rédacteur en chef François Clauteaux, remplacé par Raymond Joly après six numéros, et René Goscinny alors secrétaire de rédaction. La périodicité au départ était hebdomadaire. (Source : Wikipedia)

----------------

--> Propos recueillis et illustrés par Benjamin Heine, étudiant en Presse-Info à l’IHECS

Libellés : , , , , ,

17 mars 2007

Joëlle Milquet interviewée
par Thomas van der Straten


(Ben Heine © Cartoons)

"Voici l'interview de Joëlle Milquet, présidente du CDH. Dans l'ensemble, elle m'a laissé l'impression d'être une personne franche et honnête (Il ne s'agit que d'une impression ...).

J'aimerais faire aussi une petite précision sur ma démarche. Si je peux paraître un peu "trop rentrent dedans" c'est dû à deux facteurs:

1- je "joue" au contradicteur. C'est-à-dire que j'essaye de défendre une thèse opposée à la personne interviewée (parfois avec un peu de mauvaise foi). Je ne sais si c'est la meilleure façon de faire, mais je pense que ce n'est pas totalement inintéressant de voir les politiques pouvoir répondre à des critiques émises à leur égard. Cependant, je crois que je maintiens une certaine cohérence : Didier Reynders a cru que j'étais une sorte de marxiste près à étrangler le Capital et Joëlle Milquet m'a dit "on croirait que vous êtes un libéral ".

2- Je fais mes interviews avec passion et parfois je m'emballe un peu... Il faut juste que je me patine avec le temps.

Autre précision, je n'ai personnellement rien contre les politiques, dans leurs immenses majorités ils abattent un boulot phénoménal. Et ce n'est pas parce que je leur sert pas la soupe que je n'ai pas un grand respect pour leur travail (avec des exceptions bien entendu :- ) ).

D'un point de vue pratique vous remarquerez aussi que j'ai divisé l'interview en plusieurs parties afin de rendre sa vision plus digeste (se taper d'un coup un morceau de 50 minutes peu en ont la patience moi le premier ;- ) )"

"Je me suis pris les pieds dans le tapis. Je commence en disant que je voulais interroger "Milquet" et non Joëlle Milquet, Madame Milquet, la présidente Milquet ou que sais-je. Ensuite je parle du "scandale" alors que je voulais dire plutôt dire "l'affaire" ou petite tempête médiatique". Et pour terminer alors que je croyais que l'on était à cours de temps, Joëlle Milquet enchaine sur mon propos. Bref une longue et douloureuse perte d’équilibre."

"Cependant, j'ai acquis une certitude. Vu la manière dont elle a défendu le décret "inscription" en "off" elle n’a pas, comme on a pu l'entendre, suivit le PS. C'est un projet dans lequel elle croit. Maintenant d'accord/ pas d'accord à vous de voir."

Voici comment se subdivise l'interview :

partie 1 : introduction + généralités sur le CDH


partie 2 : Relation avec les autres partis



Partie 3: L'environnement


Partie 4: L'institutionnel


Partie 5: Décret "inscription"


Partie 6: Petit questionnaire de fin



Pour visualiser l'interview, visitez le Blog de Tom :
www.lesjourspassentmaisneseressemblentpas.blogspot.com



"Remerciements :
-Pierre pour sa caméra
-Nico et Nico respectivement pour le son et l'image"
-Ben pour sa caricature"

Libellés : , , ,

13 mars 2007

Sverige ut ur Afghanistan !

(Ben Heine © Cartoons)


Un Slogan Postmoderne

Par Fausto Giudice (*)

Qui parmi ceux qui, comme moi, arpentaient les rues de Stockholm à la fin des années 60 et au début des années 70 en criant « USA hors du Vietnam, du Laos et du Cambodge ! », aurait jamais pu penser que nos successeurs des nouvelles générations auraient à descendre à nouveau dans la rue, quarante ans plus tard, en criant « Suède hors d’Afghanistan » ?


La jeunesse suédoise de 2007 n’en est pas encore là – à descendre dans la rue pour exiger le retrait des soldats suédois de Mazar-i-Sharif – mais cela ne saurait tarder. Les slogans de notre jeunesse demandent donc à être modifiés. Dans notre monde globalisé, il faut désormais crier : « Danemark, hors d’Irak ! », « Népal, hors d’Haïti ! », « Fiji , hors du Congo ! », sans oublier « Éthiopie, hors de Somalie ! »


Il y a 250 soldats suédois en Afghanistan. Il est question maintenant d’augmenter leur nombre. Les quatre partis de la coalition gouvernementale dirigée par le jeune Fredrik Reinfeldt –modérés, libéraux, centristes et chrétiens-démocrates – a hérité de ce dossier de son prédécesseur social-démocrate. La social-démocrate et chrétienne ministre de la Défense Leni Björklund avait défrayé la chronique en signant un accord de coopération militaire avec l’Arabie saoudite et suite à des accusations de népotisme qui n’ont pas eu de suite. Mais sa décision d’envoyer des soldats suédois combattre en Afghanistan, sous commandement US et dans un cadre, certes avalisé par l’ONU, mais néanmoins de l’OTAN, n’avait pas suscité autant de polémiques. Même la mort de deux soldats suédois, victimes d’un attentat, en novembre 2005, n’avait pas suscité de grandes interrogations ou protestations. C’est que les Suédois sont longs à la détente, après cinq siècles de protestantisme luthérien et un siècle de social-démocratie. Vladimir Lénine avait conclu d’un bref séjour à Stockholm au début du siècle dernier : « Lorsque les sociaux-démocrates décideront de faire la révolution, ils iront demander la permission au Roi. »


Mais les sociaux-démocrates ont perdu le pouvoir aux élections d’octobre 2006 et ont été remplacés par une coalition dirigée par le « Parti du rassemblement modéré », le vieux parti conservateur de droite qui se présente désormais comme le « nouveau parti des travailleurs » et, pour sacrifier au « political correct », se paye même le luxe d’avoir dans son gouvernement une belle Noire, la libérale Nyamko Sabuni, née au Burundi de parents congolais, et qui est, comme il se doit ministre de l’Intégration et de l’Égalité des chances.


Mais revenons à l’Afghanistan. L’ISAF y compte 32 000 soldats provenant de 37 pays. Présentée comme une ”mission de paix et de reconstruction” par ses promoteurs – le ministre italien des Affaires étrangères Massimo d’Alema l’a présentée, lors du débat au Sénat du 21 février de ”mission politique et de paix” -, cette mission est une mission de guerre. En témoignent les nombreux morts parmi les combattants et les civls afghans et parmi les soldats qui la composent, qu’ils soient britanniques, danois (389 soldats – 3 tués) ou norvégiens (540 soldats – 1 tué). La Suède n’est pas membre de l’OTAN mais elle est entrée dans la ”Partenariat pour la Paix” en 1994 et c’est dans ce cadre qu’elle participe aussi à deux autres missions, en Bosnie (IFOR, puis SFOR et aujourd’hui IFOR) et au Kosovo (KFOR). Que font donc les soldats suédois en Afghanistan ? On nous dit qu’ils ”reconstruisent”. Mais les deux soldats tués à Mazar-i-Sharif en novembre 2005, Jesper Lindblom et Tomas Bergqvist, faisaient partie d’une unité spéciale secrète, le SSG –« groupe de protection spéciale » - sur lequel il est impossible d’avoir la moindre information, étant donné que ses activités relèvent du Secret défense en vertu de la joliment nommé « sekretesslagen » (« loi du secret »). il serait en tout cas étonnant que le SSG s’occupe de creuser des puits et de dispenser des soins médicaux. Plus vraisemblablement, il s’occupe de renseignement et d’opérations contre-insurrectionnelles. Curieusement, ce sigle, SSG, est aussi celui du "Special Service Group", une brigade indépendante de commandos de l’armée pakistanaise composée de 2100 hommes et chargée des « opérations spéciales ». Le SSG pakistanais a mené des opérations clandestines contre les occupants russes en Afghanistan dans les années 80, puis ces dernières années dans le cadre de l’opération US baptisée « Enduring Freedom ».
Bizarrement, aucun journaliste suédois d’investigation – mais y en a-t-il encore ? – ne s’est livré à une enquête sur le SSG suédois.


Autre argument pour dénoncer le caractère guerrier de la mission suédoise : le gouvernement envisage sérieusement d’engager des avions de chasse JAS Gripen – les fameux avions fabriqués par SAAB – en Afghanistan. Là aussi, on est loin du creusement de puits, des soins médicaux et autres activités de reconstruction. Comme pour l’engagement prévu par l’Allemagne de 8 avions de reconnaissance Tornado en Afghanistan, il y a là matière à débat et en Suède, ce débat, longtemps rampant, a enfin éclaté au grand jour, avec la publication d’un appel signé par de nombreuses personnalités, dont plusieurs sociaux-démocrates, parmi lesquels Thage G. Peterson, 73 ans, qui fut ministre de la Défense de 1994 à 1997. Cet appel dit tout simplement que les soldats suédois n’ont par leur place dans une mission de guerre en Afghanistan et que la Suède aurait mieux à faire que d’envoyer des soldats dans ce pays sinistré. Comme l’a fait remarquer Petersson, l’envoi de soldats suédois en Afghanistan permet de soulager les forces de l’OTAN, qui peuvent ainsi porter le principal de leur effort de guerre sur l’Iraq. Bref, participer à la guerre en Afghanistan, c’est participer à la guerre en Irak. De toute façon, les deux guerres sont pensées, organisées et planifiées au même endroit, le Commandement central stratégique US, basé à Tampa en Floride. Commandement auprès duquel sont d’ailleurs détachés des officiers suédois.


« L’Afghanistan peut devenir le Vietnam de la Suède » : c’était le titre d’un éditorial du quotidien social-démocrate Aftonbladet le 9 janvier dernier.

Depuis 200 ans, la Suède n’avait été directement impliquée dans un aucun conflit militaire, se contenant de fournir des casques bleus aux missions de l’ONU. La sacro-sainte neutralité suédoise a été fortement érodée ces dernières années. Les sociaux-démocrates, qui portent une lourde responsabilité dans cette érosion, semblent être en train de faire marche arrière, suivis par leurs alliés écologistes du « Miljöparti », qui contrairement à ce qu’on pourrait croire ne signifie pas le « parti du milieu » mais le « parti de l’environnement ». Mais, étant en minorité au Parlement, ils n’ont aucune chance d’y bloquer l’augmentation des effectifs militaires en Afghanistan et encore moins d’obtenir un retrait des troupes. Il ne leur reste donc qu’une solution : mobiliser l’opinion et descendre dans la rue comme l'ont fait les opposants italiens à la présence de troupes en Iraq et Afghanistan et à l'extension de la base militaire US de Vicenza.. On va donc finir par entendre dans les rues de Stockholm résonner ce slogan authentiquement postmoderne : « Sverige ut ur Afghanistan ».



Le mouvement suédois de solidarité avec le Vietnam (1965-1975) fut le plus important dans le monde en dehors des USA. Il culmina en 1972 avec une manifestation de 50 000 personnes à Stockholm et un appel au retrait des troupes US signé par 2,3 millions de Suédois, soit 28% de la population du pays
--------------------

(*) Fausto Giudice est rédacteur de Basta ! et membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article en Copyleft pour tout usage non-commercial : il est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner source et auteur.
--> Source : Tlaxcala
-->
Original : Basta ! Journal de marche zapatiste

Libellés : , , ,